LA VOIX DU NORD

1er novembre 2008

 

 

Dernier voyage : un marché qui évolue

 

Avec le boom de la crémation et les préoccupations environnementalistes, le marché du funéraire commence à évoluer.

PAR NICOLAS FAUCON

 

Chris Vermeulen le garantit. « Beaucoup de crématistes (militants de l'incinération) ne voient pas l'intérêt de payer 500-600 euros un cercueil destiné à être brûlé. » Du coup, à Calais, avec son association de réinsertion sociale Ça-cartonne, l'homme construit des cercueils... en carton. «  C'est monstrueux, le nombre de demandes », jure-t-il.

D'un coût de 180 euros, son modèle, fabriqué en cylindres de carton recyclé, peinture à l'eau et poignées amovibles, est actuellement soumis aux tests d'agrément : une étape qui conditionne une future commercialisation. «  On détient un marché fabuleux mais on est bloqué : les tests coûtent 35 000 euros. On cherche un financeur. » Avec quelques autres en France, Chris Vermeulen est une sorte de pionnier. Moins chers que les traditionnels, en bois, ces nouveaux cercueils représentent cependant un marché embryonnaire alors que la Grande-Bretagne, la Belgique ou la Suisse n'hésitent pas à placer leurs défunts dans du carton.

Michel Kawnik, président de l'Association française d'information funéraire (AFIF), organisme indépendant d'information du public, déplore ce conservatisme et dénonce «  une entente entre les entreprises de pompes funèbres pour bloquer ces nouveautés afin que la facture soit la plus chère possible pour les familles. En plus, ces cercueils polluent (le carton se consumant plus vite que le bois, les gaz et émissions nocives seraient réduits). » Aux Pompes funèbres générales (PFG), plus grande entreprise du secteur avec ses 1 000 points de vente, Isabelle Dupont réfute les vertus écologiques du carton et répond aux attaques de l'AFIF en vantant son patriotisme industriel : «  On a des usines en France, on fabrique nos propres cercueils... » N'empêche : les PFG surfent aussi sur la « fin verte ». « On propose un cercueil aux normes environnemental avec de la colle biodégradable, indique Véronique Ladam, responsable du secteur Nord. Ce n'est pas une demande spontanée des familles mais au final, c'est quand même l'un des plus vendus (autour de 800 euros le premier prix). »

La crémation : la région pionnière

Volonté de réaliser un dernier voyage écolo ou de soulager le portefeuille - l'UFC-Que Choisir a dénoncé mercredi les tarifs des pompes funèbres - le marché du funéraire évolue, influencé par la progression de la crémation, très pratiquée dans la région : tradition urbaine et accélération de la création de crématoriums obligent. «  Dans le Nord, près de 40 % des personnes optent pour ce rituel alors que ça touche 26 % des Français  », observe Véronique Ladam.

Au fil du temps, les cérémonies de crémation ou d'inhumation sont devenues de plus en plus personnalisées. «  On choisit des textes, de la musique on parle beaucoup du devenir des cendres. » Mais rares sont les demandes extravagantes. Installé avec son père à Saint-André, près de Lille, Sylvain Lefebvre dit ne pas faire « de cercueil de couleur bleue, rouge ou jaune. Mais si on nous le demande, on répond toujours... » Il constate ainsi que « depuis au moins deux ans, le cercueil très épuré revient à la mode. » Signe d'un désir de retour à la nature, «  on revient vers une végétalisation des concessions. De plus en plus, on évide les monuments funéraires afin d'inclure des jardinières. » Du coup, poursuit M. Lefebvre, « les cimetières paysagers, comme celui de Lambersart, sont très demandés par les familles. Il n'y a que des stèles, c'est un cimetière à américaine, un grand parc de verdure en fait. C'est une nouvelle tendance.  » •

Les goûts changent

Désir de simplicité. C'est la tendance sur le marché des monuments funéraires. Dans le nord de la France, une particularité existe pour Michel Kawnik, président de l'AFIF (Association française d'information funéraire) : les plaques funéraires, posées sur la pierre tombale. Genre « Le temps passe, le souvenir reste » ou, plus classiquement, « À ma chère mère ». « On trouve plus ce genre de plaques dans le Nord qu'ailleurs. » Marbrier-graveur, Sylvain Lefebvre a observé une évolution dans les inscriptions. « Avant, on utilisait beaucoup les caractères gothiques. Aujourd'hui, on revient à une écriture à l'anglaise, c'est-à-dire manuscrite : ça égaye l'ensemble, ça le rend moins froid », indique-t-il.

Enfin, les granits de couleur sont plus souvent utilisés qu'avant. « Les monuments chinois inondent la France depuis dix ans, confirme Michel Kawnik.

Tous les marbriers diffusent ce type de produits achetés moins cher mais qui permettent des marges intéressantes. »

 

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