L'EXPANSION

février 2007

 

Pompes funèbres :

La mort au prix fort

Dénuées de scrupules, de nombreuses entreprises du secteur
pratiquent des tarifs indécents et facturent des services inutiles

Si la vie n'a pas de prix, la mort, elle, a un coût. Le « business de la Faucheuse » rapporte gros. Surtout depuis 1993, année où les services funéraires ont cessé de relever d'un monopole municipal. Les familles ont eu beau acquérir la liberté de choisir leur entreprise de pompes funèbres, cela n'a pas empêché les prix de grimper.« Sur les dix dernières années, la facture a augmenté deux fois plus vite que le coût de la vie. Il faut compter au moins 2 500 euros pour une cérémonie « de base ». Mais personne ne s'alerte de cette flambée des tarifs, explique Marc Manzini, vice-président de la Chambre nationale syndicale des arts funéraires (CSNAF), qui lutte contre des abus du secteur.
« Le marché de la mort est obscur. Il y règne la loi du silence », poursuit Michel Kawnik, président fondateur de l'Association française d'information funéraire. « Lorsque, il y a dix ans, j'ai créé l'Afif pour protéger les familles, j'ai reçu des cercueils en carton par la poste », se souvient-il. Et pour cause, depuis quinze ans, les hommes en noir mettent un point d'honneur à ne pas divulguer leurs tarifs.
« Une véritable entente s'est constituée sur le dos des endeuillés » affirme Marc Manzini. D'ailleurs dans cet univers opaque, les prix ne figurent nulle part et les devis font office de facture. « Les entreprises funéraires n'ont qu'un but : gonfler au maximum "la douloureuse" avec des services inutiles ou hors de prix », dénonce Michel Kawnick. D'autant que, « avec la montée en puissance de la crémation (un quart du marché), la profession souffre », reconnaissent Michel Minard, président d' OGF-PFG, et Michel Marchetti, président du Choix funéraire, les coprésidents de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie.

   
Les croques-morts jouent à fond sur la culpabilité.

Pour arriver à leur fins, les entrepreneurs de pompes funèbres emploient la phrase qui tue : « Je suppose que vous voulez le meilleur pour votre maman. » 
Démarre alors la valse des prestations bidon. Exemple : la facturation de la vaporisation d'un produit désinfectant dans une pièce pour 42,50 euros. « Du vol manifeste » s'indigne Michel Kawnik. Mais l'astuce du cercueil à six poignées, alors que quatre porteurs suffisent, est la préférée des croque-morts.
    Aux ententes tacites s'ajoutent d'autres plus explicites. « Les pompes funèbres s'accointent souvent avec les fabricants de pierre tombales, moyennant des royalties sur chaque commande », affirme Michel Kawnik. Ce qui ne les empêche pas de facturer des frais de « mandat marbrerie ».  Jackpot assuré aussi pour les OGF-PFG, qui ont passé, en toute illégalité, des conventions avec des hôpitaux et des maisons de retraite afin d'amener les familles désorientées vers leurs services de pompes funèbres. Les PFG, leader du marché de la mort, ont été condamnés en 2005 par le Conseil de la concurrence pour abus de position dominante à une amende de 560 000 euros.
Danièle Licata

 

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