L'Eveil Normand

30 juin 2019

 

Même morts, les humains polluent


La crémation et l’inhumation émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre. Une pollution reconnue par les sociétés de pompes funèbres à Bernay. Enquête.

Les employés de Vouin Marbrerie déplacent les pierres d’un futur monument funéraire.
Devant la boutique de la société Vouin Marbrerie, des monuments funéraires en marbre sont exposés. « Ils sont fabriqués dans la région et dans le Nord », assure Olivier Fouquet, le marbrier, tout en plaçant les pierres sur la nacelle. Le granit et le marbre sont généralement importés de Chine et d’Inde. « Mais ils sont pleins de défauts et vieillissent mal », juge Olivier Fouquet. D’après une étude des services funéraires de la Ville de Paris publiée en 2017, la fabrication des caveaux en ciment émet du gaz à effet de serre en grande quantité. Selon elle, l’inhumation génère en moyenne 3,6 fois plus de gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique, qu’une crémation. Les Français sont de plus en plus à préférer l’incinération à l’enterrement. Eh oui, entre 40 % et 45 % d’entre eux procèdent à une crémation, contre 1 % en 1986.


Jardins du souvenir et columbariums


« Avant, on regardait de travers les personnes voulant se faire incinérer. Nous ne pouvions répartir les cendres dans aucun lieu », témoigne Michaël Jumel, président de l’association Crématiste de l’Eure. Aujourd’hui, les jardins du souvenir et les columbariums, où les familles peuvent disperser les cendres de leurs proches, existent dans presque toutes les communes de l’Eure. Les crématoriums rejettent du mercure et des solvants qui émettent du gaz à effet de serre. Toutefois, un arrêté du 28 juillet 2010 « relatif à la hauteur de la cheminée des crématoriums et aux quantités maximales de polluants contenus dans les gaz rejetés à l’atmosphère » impose aux crématoriums de s’équiper de filtres. « La France est l’un des rares pays en Europe où certains crématoriums ne sont pas équipés de filtres. Il faut plus de contrôle pour veiller au respect de la législation », alerte Michel Kawnik, le président de l’Association française d’information funéraire.

Les sociétés de pompes funèbres se chargent de la conservation du corps dans l’attente de la mise en cercueil. Il est question d’un simple habillage et d’une toilette pour l’entreprise Lhuillier à Beaumont-le-Roger et Le Neubourg. La société Vouin Marbrerie à Bernay propose également une toilette, mais aussi un soin de présentation, pratiqué par un thanatopracteur. Il injecte 6 à 10 litres d’un liquide biocide tel que le formol dans le corps du défunt pour le laver et le désinfecter. Selon Michel Kawnik, la méthode est appliquée par 80 % des sociétés de pompes funèbres. Les conseillers funéraires l’expliquent au préalable avec parfois quelques tabous. « On respecte le choix du défunt, mais parfois on ne le connaît pas car le défunt n’a pas voulu en parler. Dans ce cas, c’est à la famille de décider. On explique ce que fait le thanatopracteur, en évitant les détails un peu crus », explique Olivier Fouquet, marbrier à Bernay.

Une pratique très réglementée
La thanatopraxie est extrêmement réglementée. Elle doit être pratiquée avec l’autorisation du maire, du défunt ou de la personne chargée des obsèques et du médecin ayant constaté le décès. « Les soins de présentation ne sont pas systématiques. Nous laissons le choix aux familles. On doit aussi faire une déclaration en mairie où les soins de présentation sont réalisés. On informe de la date, de l’heure, de l’endroit. On indique quel soin et quel produit ont été effectués », témoigne anonymement un conseiller funéraire, conscient des dangers sanitaires liés au formol.

En effet, le formol est classé dans la catégorie des cancérigènes et son exposition est liée à un risque très élevé de leucémie. De plus, lors de la décomposition d’un corps, le produit se répand. Si le caveau est étanche, il s’enfonce dans la terre et la pollue. « On ne peut pas savoir si le caveau est hermétique. Mais je pense que non car c’est du ciment, donc le produit passe à travers », estime Olivier Fouquet.

" Le formol ne devrait être autorisé que lorsque le corps du défunt est conservé à domicile, soit dans 2 % des cas », explique Michel Kawnik.

La France, contrairement à de nombreux pays européens, n’interdit pas l’injection de formol lors d’une cérémonie avec crémation. Le produit, employé avec d’autres molécules chimiques, rejette de la dioxine, qui est classée parmi les polluants organiques persistants. Il peut être à l’origine d’atteintes cutanées, d’altérations de la fonction hépatique, des systèmes immunitaires, nerveux et endocriniens et de la fonction de reproduction.

Cercueils en carton et compost humain

Comment ne pas polluer après sa mort ? Certaines sociétés de pompes funèbres vendent des cercueils en carton recyclé et des urnes biodégradables. Ils coûtent en moyenne 350 €, alors que les cercueils en bois de chêne, d’acajou et de sapin coûtent entre 500 et 2 000 €. L’inhumation sans cercueil, en pleine terre, est interdite par la loi française. Le recours au cercueil est donc obligatoire.

Les deux rites funéraires autorisés sont l’inhumation et la crémation. Une pétition circule en ligne pour légaliser l’humusation. Le corps serait déposé dans un linceul biodégradable, sans embaumement, et serait recouvert d’une couche de matières végétales broyées puis de copeaux humidifiés, pour se transformer en un humus fertile. Plusieurs milliers de Belges ont exprimé leur volonté d’être humusés en envoyant un acte de dernière volonté à leur administration communale. « Les clients ne m’ont jamais demandé à être humusés », affirme le conseiller funéraire. Elisabeth Lamure, une sénatrice LR, a déclaré lors d’une séance au Sénat que des habitants de son département dans le Rhône souhaitaient en bénéficier. Ce à quoi le ministère de l’Intérieur a répondu que « l’humusation est actuellement interdite » et que son introduction en droit interne « soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique ». Et vous, souhaiteriez-vous être réincarné en compost ?

Florent Lemaire
L'Éveil Normand

Association Française d'Information Funéraire

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