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Pour
réussir dans le funéraire, il y aurait, dit-on,
trois règles d’or : l’emplacement, l’emplacement
et l’emplacement. Cas pratique
à la sortie de la mairie du XVe
arrondissement de Paris. Quasi sur le
perron s’offrent au choix du chaland endeuillé
pas moins de quatre sociétés de
pompes funèbres. Car c’est à la mairie que s’effectue la première démarche
après
la mort d’un proche : la déclaration du
décès. Deuxième cible, les hôpitaux et les
maisons de retraite. Aujourd’hui, plus de
80 % des décès se produisent dans
des centres de soins - 518 000 en 2004 -
en nette baisse par rapport à 2003. « Les
affaires ne vont pas bien,
se lamente François
Bouis, président de la Chambre syndicale
nationale de l’art funéraire. Ceux
qui sont morts pendant la canicule de 2003
ont manqué en 2004. On ne meurt qu’une
fois. Mais avec cette vague de froid, ça
devrait repartir ! » Cynique
? Logique plutôt,
pour un homme qui dit pratiquer « le
marketing de l’au-delà où les études de marché
se font dans les cimetières (1) ».
Marketing
de l’au-delà
La
Faucheuse est un business qui rapporte.
Le chiffre d’affaires du secteur oscille
suivant les analyses entre 1,4 et 2
milliards d’euros et l’avenir est assuré. Vieillissement
de la population oblige, on
prévoit 700 000 décès en 2020, soit une
croissance des revenus d’au moins 2 % par
an. « Faire
du fric sur le malheur des
gens, je l’ai entendu des milliers de fois,
s’insurge Isabelle Dubois-Costes, à la
communication d’OGF, holding regroupant
plusieurs marques de pompes
funèbres, dont les célèbres Pompes
Funèbres Générales (PFG). A cela,
je rétorque que c’est l’Etat qui a décidé
que la mort était privée. » C’est
en 1993
que fut votée la fin du monopole sur l’organisation
des funérailles. Depuis cette
date, chacun est libre de choisir son
entrepreneur de pompes funèbres, prérogative
auparavant réservée aux communes
depuis une loi de 1904. Une libéralisation
réclamée à grands cris par de
nombreux petits professionnels du secteur,
qui vivotaient contre la position quasi-dominante
des PFG.
Coups
bas et omerta
Face à
une concurrence exacerbée (plus de 2
000 enseignes en France), il faut se faire
connaître et jouer la différence. Des spots
de pub défilent sur le petit écran, les
campagnes d’affichage deviennent régulières.
Pour un budget de 200 euros, OGF,
numéro un français (25 % du marché),
met à la disposition des familles, des
télé opératrices 24h/24. Pour ceux qui ne
peuvent se déplacer, on propose d’entretenir
et de fleurir les sépultures à leur
place. Et de leur envoyer des photos. La mort
connaît aussi ses tendances, la crémation
étant la plus visible. Problème pour
les opérateurs, cela ne rapporte pas autant
qu’une inhumation (environ 15 % de
moins). Alors on meuble la cérémonie (un
corps met une heure et demie à
brûler) avec de nouveaux services comme
la musique, facturés bien sûr. Si une
baisse des prix a été constatée après la
libéralisation de 1993, la tendance est maintenant
à la hausse : +3,4 % en 2003 (source
Insee).
« Le
marché de la mort est l’un des plus
obscurs,
où règnent la non-transparence,
sur les
prix notamment, et la loi du silence »,
affirme Michel Kawnik, président de
l’association
française d’information funéraire
(AFIF). « Je
recevais des cercueils en
carton dans la boîte aux lettres quand j’ai
créé mon association »,
se rappelle t-il,
amusé. « Le
funéraire est un service public
commercial et concurrentiel. Et il n’existe
pas d’éthique commerciale spécifique à ce secteur. »
Pour
preuve, il aligne
les nombreuses condamnations du
Conseil de la concurrence depuis plusieurs
années. Une entreprise se distingue,
les PFG encore (550 000 euros d’amendes
en 2005). Des ententes sont passées
sur les secteurs, en particulier avec
des établissements de soins, qui
orientent parfois les familles vers certaines
chambres funéraires, donc un
service de pompes funèbres, ce qui est
rigoureusement interdit. «
En 1992, seules
3 % des familles demandaient un devis,
aujourd’hui plus de 60 % ont reçu au
moins deux devis », estime
Michel Kawnik.
Une étude récente du Credoc, commissionnée
par des professionnels du
funéraire, montre que 96 % des personnes
interrogées ont été satisfaites de leur
opérateur. De quoi donner le sourire
à Isabelle Dubois-Costes d’OGF : « Le
secret c’est le bouche à oreille. Si on se plante
sur la qualité, on est morts !(sic) »
Gilles
Gauret
Illustration :
Roxane Arléo
(1)
Lettre d’information de la CSNAF - mars 2005.
Funéraire
& compagnie
www.afif.asso.fr
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