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Des difficultés à
payer la note
L’inquiétude est perceptible chez des
prestataires de services qui enregistrent des difficultés grandissantes
à se faire régler leurs factures d’obsèques. De maigres ressources,
des querelles intimes entre proches, l’absence d’ascendants ou de
descendants compliquent la prise en charge financière de
l’enterrement. Certes la loi pose quelques garde-fous en matière
d’obligation familiale ou sociale, mais les cas particuliers
demeurent.
Un enterrement coûte cher, et l’entreprise de
pompes funèbres a l’obligation de remettre un devis écrit et détaillé
aux proches du défunt qui la contactent pour organiser ses obsèques.
Comme pour toute facture commerciale, l’acceptation de ce devis engage
fermement le signataire qui va devoir s’acquitter de la facture. Il
n’empêche. « Au moment de payer, certains nous avouent qu’ils
n’ont pas les ressources nécessaires pour le faire, et il nous arrive
d’en être de notre poche », explique une entreprise tourangelle de
pompes funèbres, fort ennuyée d’avoir vu ses déboires se répéter.
Une telle situation est d’autant plus inconfortable que, dans ce
domaine hautement sensible, les collectivités locales limitent leur
participation aux cas les plus douloureux.
Une dette alimentaire
« S’il n’y a pas d’enfants ni d’ascendants directs, les frères
et soeurs ou d’autres membres de la famille sont-ils tenus de régler
les obsèques ? Et le concubin ou la concubine ? » L’usage et le sens
du devoir, ferment indispensable de la cohésion familiale, permettent généralement
aux membres de la parentèle de trouver une solution de compromis. De
bon coeur ou la main forcée, chacun y va de sa participation pour
assurer au disparu des funérailles convenables. Mais la morale n’a
pas force de loi, et il faut parfois en revenir à une vision plus
juridique des choses.
Avec les biens du défunt
Créée en 1992, l’Association française d’information funéraire*
précise que les seules personnes soumises à l’obligation d’assumer
des frais d’obsèques sont les obligés alimentaires (parents, enfants
et petits-enfants), rappelés à l’ordre par la Cour de cassation : «
Les enfants doivent payer les obsèques de leurs parents, même s’ils
ont renoncé à la succession. Ces frais constituent une dette
alimentaire que les enfants doivent supporter à proportion de leurs
ressources si les biens du parent décédé n’y suffisent pas »,
(Cassation, civil 1, 14 mai 1992).
L’existence d’un patrimoine ou d’un petit pécule
facilite les choses. Les frais d’obsèques peuvent être défalqués
de la succession, et une société de pompes funèbres a la possibilité
d’obtenir du banquier du défunt le règlement direct de sa facture à
concurrence de 3.049 €. Une partie du capital décès versé par la Sécurité
sociale peut également être affectée à cette fin pour un assuré
salarié (ou au chômage). Enfin, une assurance garantie obsèques
souscrite en temps utile permet de faire face à l’événement avec
moins de stress sur le plan financier.
Le choix de prestations proportionnées aux moyens
dont on dispose est une ligne de conduite qui n’est pas toujours
facile à tenir, le chagrin faisant parfois vaciller le bon sens. Afin
d’éviter toute distorsion irréparable, Michel Kawnik, le président
de l’AFIF, suggère de faire faire des devis comparatifs, de fuir les
sociétés qui refusent de donner par téléphone des renseignements élémentaires
(quel est le prix d’un cercueil en chêne par exemple ?) et de ne pas
se laisser imposer des frais annexes qui n’ont rien d’indispensables
(la formolisation du corps, baptisée « frais de présentation du défunt
»).
En l’absence de ressources
On se souvient de cette histoire qui fit quelque bruit l’année dernière.
Le maire d’une commune normande avait cru pouvoir proposer à l’un
de ses administrés, ancien légionnaire désargenté, de creuser lui-même
la tombe de sa compagne. Son attitude a soulevé l’indignation de la
population et contraint le premier magistrat à se souvenir que la législation
fait obligation aux communes de pourvoir aux obsèques de la personne
sans famille ni ressources (ou dont les proches sont sans ressources
suffisantes). L’inhumation se fait en terrain commun, mais dans une
fosse individuelle. Les départements, eux, interviennent uniquement
pour les pensionnaires placés en établissements et bénéficiant de
l’aide sociale. En outre, plusieurs conditions cumulatives doivent être
remplies : l’aide aux obsèques n’est accordée qu’en l’absence
de capital décès au profit des ayants droit, et le décès doit
survenir dans une autre commune que celle de l’ancien lieu de résidence
du pensionnaire. En Indre-et-Loire, l’aide équivaut à un forfait de
1.216 €, les frais d’obsèques ne devant pas dépasser cette somme.
Le libre choix
On l’aura compris, hormis les cas de figure ci-dessus, les proches du
défunt (conjoint, enfants, cousins) ne doivent pas compter sur un coup
de pouce financier des collectivités locales qui viendrait a posteriori
combler les trous d’un budget mal évalué. Malgré la souffrance et
le chagrin, la famille doit s’efforcer, si nécessaire avec l’aide
d’un tiers (ami, voisin), d’aborder l’organisation des obsèques
sans perdre de vue l’aspect commercial de la prestation. Cette
dimension économique du service funèbre conduit certaines entreprises
à pousser leur clientèle vers le haut de gamme sans tenir compte de la
réalité de ses moyens. Il faut donc se souvenir que, depuis janvier
1998, on peut librement choisir son entreprise funéraire parmi celles
ayant reçu une habilitation préfectorale. Qui dit liberté de choix
dit possibilité de comparer, et il faut avoir le courage d’en user, même
dans ces moments difficiles.
*Association française d’information funéraire, 9,
rue Chomel, 75007 Paris, tél. 01.45.44.90.03. Un site Internet très
complet est à la disposition du public : www.afif.asso.fr. |