Carnet de dalles : actualités, informations, réflexions sur les cimetières par Bertrand Beyern

 

25 mars 2011

     Le défunt dont je parlais il y a quelques jours dont les cendres seront prochainement déposées au columbarium du Père-Lachaise n'est autre que Laurent Fignon, décédé le 31 août dernier. Ceci pour répondre aux questions de quelques internautes impatients...

 

24  mars 2011

     Vous avez été plusieurs ces derniers jours à me demander, soit à la fin d'une visite soit par courriel, où se trouvait cette fameuse tombe du brocanteur qui possédait la tête momifiée d'Henri IV et qui avait fait fixer sur le monument une photo de lui posant avec sa royale relique. Ces dernières semaines, un célèbre hebdomadaire et un reportage télévisé ont longuement conté cette histoire...

     Je connaissais ce monument depuis des années sans être capable d'expliquer la présence de ce cliché pour le moins... incongru. J'en possède plusieurs photos que je pourrais montrer le jour venu.

     En attendant, internet risquerait de se révéler le pire outil de communication si la localisation précise de la sépulture était portée à la connaissance de tous, c'est à dire de n'importe qui. La précieuse photo n'est en effet guère difficile à desceller. Trop de vols et de dégradations ont lieu actuellement dans les cimetières pour que je cautionne un tel risque. En accord avec les autorités du cimetière concerné, il a été décidé d'observer un silence prudent (du reste aucun journaliste n'a révélé où était cette tombe). J'invite tous les internautes ainsi que les animateurs de sites dédiés au patrimoine funéraire sous quelque aspect que ce soit (ils sont de plus en plus nombreux) à respecter cette discrétion, seule garante aujourd'hui de la préservation d'un témoignage unique de notre Histoire.

 

14 mars 2011

     Au Père-Lachaise, c’était jour d’élagage. Le hêtre pourpre du chemin du Dragon, un des arbres les plus majestueux de Paris, n’étendra plus ses branches jusqu’à la division d’en face. Quand il retrouvait tard ses feuilles, en avril, il offrait un automne à contre-saison et un ombrage propice les jours de grand beau. Il faut désormais une mémoire fidèle devant ses énormes moignons pour ne pas oublier ce qu’il a été.

     Il y a deux ans, on sortait de sa glèbe le saule veillant la tombe de Jacques Hillairet, l’historien de la capitale dont Lorant Deutsch ne manque jamais de citer le nom. Aujourd’hui, le hêtre, pourtant promis à nous survivre, s’avoue dépérissant pour ne pas dire subclaquant. La sépulture du statuaire Cortot échappera à la voracité de ses racines. Et à nous il manque déjà, froissant nos cœurs dépeuplés.

 

15 mars 2011

     Dans quelques jours, le columbarium du Père-Lachaise s’enrichira d’un nouvel occupant fameux. Inutile ici de donner son nom, il sera bien assez tôt sur des dizaines de sites. Ce sera même intéressant de lire qui dégainera le premier tant on plante aujourd’hui son fanion dans l’humus frais des cimetières comme on dispute un sprint.

     Pour l’avoir vue, je vous confie qu’il sera difficile de ne pas remarquer sa plaque de loin car elle met à l’honneur un coloris peu fréquent sous ces arcades. Non loin de Maurice Toesca ou de Félix Fénéon, les guides clandestins qui racolent les touristes dans les allées se friseront la moustache en se découvrant un nouveau pensionnaire. Ils n’auront pas besoin de requérir aux trois mots d’anglais que leur mémoire possède pour expliquer la spécialité professionnelle du défunt, domaine jusqu’ici non représenté dans cette nécropole, puisque la photo parlera d’elle-même… Rendez-vous avant avril.

 

7 février 2011

Andrée Chedid, qui vient de mourir, ne cachait pas avoir réservé sa place au cimetière Montparnasse.

         « … un jour chez le coiffeur, je parcourais les magazines féminins. J’ouvre Elle. Il y a deux pages sur les cimetières. On y dit qu’il reste quelques concessions libres à Montparnasse. Aussitôt, je déchire les pages, je quitte le coiffeur et cours chez moi pour téléphoner. Effectivement, on me confirme qu’il y a une quinzaine de places ! Je me précipite et je trouve un emplacement. C’est extraordinaire ! Le soir, je dis à mon mari : « J’ai une excellente nouvelle à t’apprendre. » Il a cru que j’étais tombée sur la tête.

( …)

         Et je ne veux pas d’épitaphe. Rien. Mon emplacement, j’ai de la chance, est au bout d’une toute petite allée avec un petit bout d’arbre. Ca me suffit. Ce désir d’une tombe dans un endroit précis, tout en sachant que c’est futile, n’est-ce pas aberrant ? »

Cimetière Montparnasse qui, après Jacqueline de Romilly et Jean Dutourd, a de plus en plus charge d’âmes lettrées.

 

22 septembre 2010

 

"Et c'est triste de n'être plus triste sans vous"

 

La chanson s'intitule "Le 22 septembre" et on ne devrait pas l'écouter qu'aujourd'hui. Ni laisser Brassens dans le silence en attendant l'hommage, si peu souvent sincère, que nous vaudra l'an prochain le trentième anniversaire de sa mort. Il repose à Sète mais au cimetière Le Py, plus humble que l'illustrissime cimetière marin. Visiter l'un sans voir l'autre serait fâcheux.

 

"Je voudrais être enterré au milieu des vivants. Cela m'embête d'être enterré au milieu d'un cimetière. J'ai rêvé d'habiter rue Froidevaux, en face du cimetière Montparnasse, pour pouvoir m'y promener tranquille et parce que j'aime beaucoup le cimetière Montparnasse." ("Brassens par Brassens", Loïc Rochard, le cherche midi éditeur, 2005)

  

   

     

21 septembre 2010
 

     En cette période d'ouverture de la chasse, une plaque débusquée lors d'une traque récente...

chasseur

 

29 juin 2010

     Le peintre Maurice Estève, mort un 29 juin (en 2001), dans sa quatre-vingt-dix-huitième année, repose à Culan, le village du Cher où il avait passé son enfance et s’était retiré.

     Cimetière sans attrait, à l’écart de la commune, où la dalle grise de l’artiste ne se remarquerait guère si sa célèbre signature n’y avait été reproduite. 

     Après cette halte, deux itinéraires écartèlent le voyageur en quête de souvenirs : à l’ouest, Sainte-Sévère dont la vieille halle n’a pu oublier Jacques Tati et le tournage de Jour de fête ; à l’est, l’humble école d’Épineuil-le-Fleuriel où Henri Fournier apprit à écrire sans, mais qui peut en être sûr ?, se douter qu’il signerait du nom d’Alain-Fournier, le plus troublant des romans initiatiques (le Cher franchi, et voici le village de « Meaulne », sans « s »…). Ni Alain-Fournier ni Jacques Tati ne sont inhumés ici mais qu’importe, il est des paysages beaux comme des cénotaphes.

     À Vesdun, on glosera sur la situation exacte du centre géographique de la France : il est ici mais seulement si on tient compte des îles côtières…

 

Lundi 3 mai 2010
 

     Panneau disposé à faible hauteur afin d'être bien vu des intéressés.

 

Vendredi 30 avril
 
     La Grèce révèle son infortune et n'occupe plus le devant que de la scène financière... Préférons à ce drôle de drachme le souvenir du délicat Jean Moréas qui aimait tant les cafés parisiens et les bonheurs fugitifs. Sa sépulture est aussi difficile à dénicher que ses recueils mais ceux qui la connaissent, à cinq pas d'Oscar Wilde et de son sphinx barbouillé, n'ont nul besoin d'y laisser l'empreinte de leurs lèvres pour dire leur gratitude. Il mourut il y a cent ans aujourd'hui et, crématisé, s'en alla "comme un cigare", le mot fut partout répété puis, aussi, s'évapora.

 

Jeudi 29 avril
 

     Au questionnaire de Proust, j'ai souvent avoué mon manque d'indulgence pour les fautes d'orthographe...
Souhaitons que le graveur n'ait pas facturé son travail au nombre de lettres et songeons qu'il est des lieux où le ridicule ne peut plus tuer.

 

Lundi 5 avril 2010

     Voici la meilleure nouvelle concernant le Père-Lachaise depuis bien longtemps : un livre vient de paraître sous la plume d’un de ses véritables passionnés, monsieur Jean Tardy. Il en connaît non seulement les grandes allées et les recoins les mieux cachés mais, chose devenue si rare en ces temps vulgaires, sait en parler avec le cœur.

     Son propos est ici de nous rappeler ou de nous révéler de merveilleux personnages que la poussière des ans et l’ingratitude des hommes ont couverts d’oubli. Noms émargeant au cadastre parisien à l’exemple de Jules Joffrin, Parmentier, Ledru-Rollin ou Oberkampf, destins tragiquement désarçonnés comme ceux de Lesurques ou de Ginette Neveu, inventeurs de génie tels Anjubault, Gramme, Chappe, figures inclassables à l’image de Juliette Dodu ou du père Loyson, tous se retrouvent dans cet épatant « Abécédaire non exhaustif ».

     On saluera l’idée de mêler érudition et espièglerie : pour chaque trépassé, une présentation sous forme d’énigme et quatre réponses possibles. La page suivante fournit la solution et enseigne au lecteur ce qu’on ne trouve pas dans les guides traditionnels. Afin de vous en préserver la saveur, nous ne vous dirons donc rien des talents de Raoul Urbain ou de Valentin Foulquier et vous laisserons découvrir pourquoi Prosper Enfantin mérite encore aujourd’hui nos hommages. Sachez toutefois que vous croiserez, entre beaucoup d’autres, dans votre lecture un Grand d’Espagne, des artistes de cirque, un poète belge décadent, plusieurs médecins, un amiral anglais et même l’inventeur de la passoire à un seul trou !

     Enfin, l’essentiel : l’humour et la tendresse semés à chaque page qui rendront l’auteur bien sympathique à ceux qui n’ont pas déjà la chance de le connaître. Et leur feront espérer, comme à nous, qu’un deuxième volume paraîtra bientôt.

Jean Tardy, Les Oubliés du Père-Lachaise, Abécédaire non exhaustif, L’Harmattan, 2010.
230 pages, 21,50 €
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Dimanche 28 février 2010

     C’est pas d’veine d’être jolie dans la guerre chante Jean Guidoni (Chez Guitte, texte de Pierre Philippe). Pas d’veine non plus d’être un des meilleurs skieurs de son époque et d’avoir vingt ans en 1941. Destin du chamoniard James Couttet, champion du monde de descente à seize ans et privé d’un probable sacre en 1940 puis en 1944. La paix revenue, il accrocha l’argent et le bronze aux Jeux de Saint-Moritz mais jamais l’or qui lui était promis. 

     Au lendemain du fiasco de Vancouver pour le ski alpin français, une pensée en guise d’hommage…

 

Jeudi 18 février 2010

     Voici le redoux, les nécropoles parisiennes ont rouvert leurs portes fermées il y a peu pour cause de gel. N’hésitez pas en cette fin de semaine à vous rendre au cimetière Montmartre. Vous y découvrirez avant les autres le monument pour le moins surprenant que le dessinateur Siné vient d’y ériger sur sa future sépulture. À l’heure où Jacques Dutronc revient, triomphant, chanter Les Cactus, coïncidence ?, c’est un cactus de bronze qui trône désormais dans l’avenue de la Croix. Bien sûr, le cactus n’en est pas seulement un, il évoque aussi, et surtout, un ultime doigt d’honneur dressé vers les cieux…

     L’ami Bob qui a prévu de se faire in-Siné-rer  entend narguer la camarde : une fois réduit en cendres restera son ultime invective sous forme d’épitaphe (sa célèbre écriture a été reproduite et le tout doré à l’or fin) : Mourir ? Plutôt crever ! . Quant au caveau, sous la dalle de granit noir, il risque d’avoir un jour charge d’âmes car 60 copains (et copines) de Siné y passeront un fragment d’éternité (Jean-Pierre Bouyxou est du nombre…). À deux pas de Marcel Jouhandeau et de Jean-Daniel Cadinot, on imagine déjà les dialogues post-mortem

     Siné encourage d’ores et déjà tous ceux qui l’aiment à aller déposer du pinard ou cracher sur sa tombe (en chantant Siné qu’un au revoir ?).

     Autre actualité montmartroise : les cendres du merveilleux comédien Robert Rollis, modèle du titi parigot, dont la gouaille et le sourire ont ennobli tant de films et qui nous a quittés en 2007, ont été transférées dans une tombe a priori définitive, presque à touche-touche avec Jacques Charon. On n’imagine pas combien les morts voyagent dans ce cimetière (Stendhal, Berlioz, Charon lui-même y ont changé de place...
 
 
 
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